Mon histoire d’une liaison intime entre documentation et numérique

Un article proposé par Blandine Raoul-Réa

Je dois commencer par cette phrase de mon professeur de français alors que j’étais en 4e « Documentaliste, un métier pour toi… ». Quoi ??? Mais moi je voulais être pompier, luthier, ébéniste, skieuse, peintre, et plus encore illustratrice de livres scolaires de sciences naturelles…

Mais qu’est-ce que c’est que ce métier ?

Personne ne m’a jamais parlé de ce métier ! Alors direction les publications Onisep (non non… elles n’étaient pas en ligne, ou si plutôt, mais sur des étagères). Dire aussi qu’il n’y avait pas de CDI dans mon collège. Alors j’ai cherché dans les brochures, j’ai fini par rencontrer une documentaliste. Bon OK. C’est intéressant : on cherche, on classe, on range, on fait des synthèses, on aide d’autres professionnels à construire leur savoir. Mais c’est un peu loin de mes aspirations créatrices et artistiques… Enfin, laissons passer la 4e et les années suivantes avec cette petite idée qui reste dans un coin de mon cerveau.

Lycée : il y a un CDI et j’y suis tout le temps ! Ma professeure documentaliste est une ex géographe. J’excelle en SVT et c’est un de mes centres d’intérêt. Je m’oriente vers les sciences.  Rassembler, un maître mot. J’unis sciences et documentation et me destine à la documentation scientifique. Pour cela, mieux vaut commencer par des études de sciences que par la documentation. Direction l’université et une maîtrise de SVT ! Durant la première année à l’université, j’ai intégré aussi un DEUG de sciences humaines dans l’espoir de passer en SIC (sciences de l’information et de la communication) après ma maîtrise de SVT car j’avais repéré cette formation en DESS (ex master) sur Bordeaux où j’étais. J’abandonne le double cursus, c’est trop lourd et je n’y trouve pas mon compte.

Chemin faisant j’ouvre mes perspectives de documentaliste pour l’information scientifique plus largement : le journalisme scientifique, la muséographie. Fin de la maîtrise de SVT je passe alors de nombreux concours : SIC de Bordeaux, ENSSIB, IUT journalisme Tours, et les années spéciales (possibilité d’avoir un DUT en 1 année) IUT info-com option documentation Tours, Grenoble, Bordeaux. Autant dire que mon cerveau rempli de noms latins de végétaux, de formules chimiques, minéraux, physiologie, biochimie…. n’a pas laissé beaucoup de place à l’histoire, la géographie, l’Anglais … ce que nombre de personnes appellent la culture générale dans les épreuves de concours. Rappelons que nous sommes en 1988.

Sur liste d’attente à Bordeaux, mais acceptée à Grenoble, je pars à Grenoble où je fais une semaine puis retour à Bordeaux où j’entre en IUT infocom option documentation. C’est passionnant. J’oriente tous mes travaux vers les sciences : en infocom je travaille sur le concept du musée de La Villette ; en production documentaire, sur les brevets d’invention et leur stockage sur DON (disque optique numérique) ; en recherche sur la naissance du droit maritime international. J’ai un souvenir ému de mes premières recherches sur les bases de données medline sur minitel avec Marie-France Blanquet. C’était tellement coûteux qu’on avait le sujet puis un temps de préparation de l’équation de recherche, puis la validation par MF Blanquet, puis interrogation en ligne, puis analyse des résultats. Il fallait avoir un bon résultat à notre recherche en moins d’un quart d’heure. Un défi ! Ça se passait dans une petite pièce dans le noir. En avant pour les parenthèses, les OU les ET les SAUF… j’adore faire les équations de recherche ! Je me souviens du long sifflement strident du Minitel lorsqu’il se connectait… émouvant.

Par kevin — Flickr: minitel terminal, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=20104334

Je fais mon stage à la Chambre de commerce et d’industrie puis l’été au CATED (lié à la fédération nationale du Bâtiment) où je travaille avec des ingénieurs. Tout va bien. Je me sens à ma place. Nombre d’offres d’emplois répondent à mon profil, je pense que je peux retarder mon entrée sur le marché du travail. Je décide alors de m’ouvrir en me plongeant dans la recherche. Je choisis un DEA épistémologie et histoire des sciences et des institutions scientifiques à Paris 7. Je fais ce DEA en 2 ans en travaillant comme remplaçante en SVT en collège et lycée puis en formation continue pour des CAP en industrie. Comme je cherche toujours à faire du lien… je produis un mémoire mixte audio et écrit en travaillant sur la vulgarisation scientifique à France Culture à travers une notion étudiée entre sciences exactes et sociales : la notion d’équilibre.

C’est le moment d’entrer sur le marché du travail qui n’attendait que moi deux ans auparavant. Aïe ! 1992, l’année de chute de recrutement des cadres. Rage et désespoir ! Des offres d’emploi il n’y en a plus beaucoup. Je décroche un CDD de huit mois pour construire une base de données des laboratoires de recherche universitaires et des grandes écoles de France. Une base de données pour laquelle il faut construire le thésaurus de l’ensemble des thématiques de recherche afin de lui donner sa rentabilité. Recrutée pour ma double entrée sciences exactes, sciences sociales, je devais être capable d’appréhender n’importe quel champ de recherche universitaire. Quel travail sur le langage ! Pendant cette époque à l’Étudiant magazine, au centre de documentation où nous sommes huit documentalistes, c’est aussi une période de licenciements. Devant les murs qui commencent à se dresser, je décide de passer le CAPES de documentation pendant ce contrat à l’Étudiant soit l’année suivant sa création. Je choisis l’option littérature. Autant dire que c’est loin de mes pratiques, mais histoire c’est pire et géographie n’en parlons pas… Allons-y pour la littérature donc.

Entrée par le CAPES

C’est donc CAPES dans la poche que je demande de suite une année sabbatique pour terminer mon contrat à l’Étudiant. Puis j’entre dans l’académie de Créteil dans un poste en lycée professionnel industriel. Quelle année ! Je monte un fonds documentaire technique, je refais la base de données qui n’était ni conforme ni exploitable, je construis le projet de réaménagement. Puis je dois changer de poste. J’intègre un lycée polyvalent une année puis à nouveau une mutation me rapproche de chez moi pour à nouveau un lycée polyvalent neuf. J’y resterai huit ans.

Documentation et numérique : pratiques professionnelles et transformation

Si je faisais mes recherches sur minitel sur Electre, c’est dans ce lycée que je découvre internet ! Un enseignant d’histoire féru d’informatique avait bien développé l’accès à des postes informatiques ainsi qu’un réseau informatique. Belle équipe, lui dans la technique, moi dans le soft. Je travaille beaucoup avec lui et je commence à faire des projets numériques. Et puis en 1996 ou 1997 (doute sur la date) je me souviens de ma première interrogation d’internet. Le moteur Yahoo et le métamoteur Copernic ! Je me souviens de ce moment à mon poste de travail comme celui de l’interrogation des bases de données auprès de Marie-France Blanquet. Huit ans dans ce lycée et j’ai suivi le développement des outils et des services numériques, le début des réseaux sociaux. C’est une grande stimulation, on travaille différemment. Les TPE (Travaux pratiques encadrés) naissent, j’en profite pour réfléchir sur l’autonomie des élèves et l’impact du numérique sur les modalités de travail de l’élève, sur ce que le numérique impose comme transformation dans le travail de validation des recherches, de validation de l’information…. Les murs du lycée sont là et les professeurs documentalistes sont souvent seuls… j’ai besoin de confronter mes réflexions.

C’est là que je découvre sur le BO (bulletin officiel que je lis consciencieusement tous les jeudis) un poste à l’INRP (institut national de recherche pédagogique ex-IFÉ) pour participer à une recherche sur l’autonomie des élèves. Je postule. Un monde que je ne connais pas, un entretien devant une bonne quinzaine de personnes… Incroyable, j’ai une réponse positive et c’est mon premier pas vers le travail en deux mi-temps (2001-2004). Dans le bureau, nous avons été impliqués dans un travail avec les équipes de recherche, par exemple avec la Fadben pour mettre en place des assises de la documentation.

Durant cette période, un vendredi soir, Daniel Fondanèche (qui était mon formateur pour le CAPES) m’appelle pour me demander si je veux bien assurer des cours pour la prépa capes à Paris ! Moi ??? Allez, je me lance… C’est alors pendant sept ans (2003-2010) des années de souffrance (charge de travail énorme en plus des deux mi-temps) mais une mission passionnante.

Les étudiants, de formations très disparates, constituaient des groupes de défi ! Comment avec de telles différences de formation initiale donner des chances à tout le monde en si peu de temps ? J’ai toujours d’abord fait comprendre qu’il fallait travailler ensemble bien que ce soit un concours (dans notre métier de profdoc c’est indispensable, donc il n’y a pas de raison !). La mise en place d’un travail collaboratif pour construire un groupe apprenant était fondamental pour dépasser nombre d’écueils mais il n’empêchait pas la nécessité de fournir un énorme travail personnel pour ces étudiants.

De mon côté, j’ai donc beaucoup lu, relu, travaillé et construit bon nombre de cours sur les problématiques infodoc. J’ai corrigé beaucoup de copies la nuit, le matin, dans les trains, dans la cuisine, … un travail qui nécessite une mise en veille/alerte intense. C’est une des raisons qui m’a amené à être notamment une lectrice assidue du CaféPédagogique et sa rubrique documentation.

Et puis catastrophe, je lis dans le CaféPédagogique que la rubrique va s’arrêter parce que son rédacteur (Franck Sauvage) arrête sa participation. Je contacte alors François Jarraud pour lui proposer plusieurs noms afin que cette rubrique ne cesse pas ! Il me répond que le mieux c’est que je le fasse. Moi ??? Allez, je me lance. Octobre 2003 marque mon premier numéro[1]. Moi qui lisais le CaféPédagogique pour faire ma veille, me retrouve à faire la veille pour moi… et pour des lecteurs et il faut publier avec toutes les contraintes que cela impose (régularité et timing de publication). Ma participation isolée puis bientôt en équipe du mensuel « documentation » du CaféPédagogique, suit le passage à l’internet 2.0. C’est une époque d’observations, d’expérimentations pédagogiques, de réflexions. D’une participation solitaire, on constitue une équipe de quatre profdocs pour la rubrique qui s’enrichit : Fred (l’interviewée découverte par ma veille), Julie (une des anciennes étudiantes), Martine (de l’enseignement agricole) et moi.

avec l’autorisation de Fred Yvetot @ProfDocDoc

Cette participation au CaféPédagogique nourrit une communauté de professeurs documentalistes. Le fait d’être chargée de cours pour la prépa CAPES, le fait de rédiger mensuellement la rubrique contribuent à modifier ma pédagogie au lycée ainsi que mes sujets de séquences pédagogiques. Je partage mes questionnements et mes tâtonnements. Mon rapport à la base de données et à la recherche documentaire via un moteur interne se distend au bénéfice de la recherche sur internet et sur la validation des sources. On est alors dans l’usage des flux numériques (fils RSS, format XML), ce qui modifie profondément les pratiques de veille documentaire[2] ; mise en pratique pour la rédaction des mensuels ! D’autre part les pratiques numériques des jeunes sur les réseaux sociaux m’interpellent et donc comme certains.es d’entre nous, je travaille sur la notion de trace et d’identité numérique au lycée.

Par unnamed (Mozilla Foundation) — feedicons.com, MPL 1.1, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=654420

Le Web 2.0 m’amène à l’EMI

Cette nouvelle étape suit l’évolution du numérique dans la société. Avec l’avènement du web participatif -internet 2.0-, chacun peut publier, les réseaux sociaux naissent. La qualification d’auteur se transforme fondamentalement, les intermédiaires disparaissant. C’est une nouvelle donne qui demande de développer la réflexion sur la validation des informations, sur les changements de paradigme de la notion d’auteur, confronter la notion d’auteur vs d’expert, sur les étapes, les intermédiaires entre l’auteur et ses publications. C’est aussi ce qui m’amène à m’intéresser d’un peu plus près à l’économie des médias et donc du média numérique. Quid de la rémunération des auteurs ? Quid de l’accès payant à l’information ? À cette époque les journaux cherchent de nouvelles voies.

Avec ce questionnement, et pour transformer mes cours au lycée (participation active aux enseignements d’exploration et TPE), je me mets sur les chemins de l’EMI (éducation aux médias et à l’information). Je m’inscris à quelques formations du CLEMI dans mon académie. Je rejoins alors l’équipe du CLEMI (2008-2010) pour un mi-temps. Ma mission est d’accompagner (transformer ?) par la formation continue, nombre de professeurs documentalistes mais aussi de professeurs, d’assistantes sociales et infirmières sur les questions d’identité numérique, de trace, de réseaux sociaux, d’écriture médiatique, de pratiques juvéniles pour un regard renouvelé sur notre société de l’information. À cette période je suis associée à une réflexion sur les parcours documentaire-info-com à travers le groupe de travail qui donnera naissance au PACIFI[3] (Parcours de formation à la culture de l’information)[4].

Je mets en place avec deux collègues au lycée une « option » info-com en 1ère littéraire (1 heure hebdomadaire) avec trois projets écrire pour la presse écrite, produire une émission radio, produire pour le web. Les élèves seront responsables d’un cycle Signoret pour le cinéma de la ville les amenant à un travail de recherche documentaire, de production d’outils de communication et d’un travail oral pour l’ouverture du cycle devant les spectateurs.

Sur le versant gestion, on intègre dans la base de données des sites, les flux RSS permettent des outils de veille par exemple pour les élèves en TPE. On entre dans le web sémantique et les métadonnées sont au programme du CAPES.

C’est en janvier 2011 que je fais mes premiers pas à la DGESCO comme experte documentation. Cela consiste à piloter le réseau des IATICEs[5] en relation avec les délégués académiques au numérique et publier des productions numériques : les lettres tic’Edu, les EduBases et on parle déjà de portails disciplinaires. Les TraAM (travaux académiques mutualisés) sont une partie importante du travail car ils nécessitent après définition du thème de l’année de sélectionner les équipes puis de veiller à ce que le travail soit mené en mutualisation jusqu’à la production à la fois par des scénarios à déposer dans les ÉduBases et par un compte rendu. Tout cela se mène en collaboration plus ou moins étroite avec un inspecteur général pour chaque discipline. A mon entrée à la DGESCO, il s’agissait de M. Jean-Louis Durpaire ; il suivait les dossiers avec beaucoup d’intérêt et de précision.

Outre le pilotage du réseau des professeurs documentalistes, je travaillais sur l’interdisciplinarité. Petite anecdote : j’ai dû intervenir dans le cadre d’e-Twinning sur l’usage en France des réseaux sociaux à l’École. Je me souviens très bien de ce moment à Gènes mais surtout que le lendemain je devais présenter une note au Directeur général sur cette question et … l’avion ne pouvait pas partir. Panique ! Comment être à 8h30 en train de présenter cette note et ne pas pouvoir partir de Gènes le soir à 20h00. Impossible de ne pas y être. Donc dans ma tête tout a défilé : location de voiture, train, … et l’avion est parti à mon grand soulagement ! Des moments de stress, il y en a eu !

En 2011 les champs prioritaires sont : utiliser les services (services en lignes de l’ENT et ressources numériques de l’établissement), prendre en main les outils (TNI, balado, …), publier sur le web. Pour cela il est nécessaire de favoriser la formation des enseignants, de leur permettre d’actualiser leurs connaissances et notamment sur les réseaux sociaux et sur les usages responsables du numérique. L’expression en usage est souvent encore les TICE mais on entend déjà les usages numériques surtout lorsqu’on parle pédagogie ou didactique.

Je participe à des groupes de travail ENT, mobilité, manuels numériques pour apporter une vision trans- pluri- et disciplinaire et de documentaliste. J’ai produit des notes pour le directeur général ou la directrice de la DNE comme sur l’usage des smartphones en classe, sur les réseaux sociaux, sur la littératie numérique et les programmes du Socle.

Les premiers TraAM documentation que j’ai pilotés étaient sur la thématique « Permettre aux élèves de construire leur démarche de veille numérique[6] » puis l’année suivante  « favoriser l’accès, mettre en valeur, diffuser les ressources numériques, en direction des élèves, des équipes pédagogiques et des réseaux. »

Un des comptes rendu[7] (celui de 2011-12) met bien en lumière l’intérêt et les difficultés de TraAM :

« Généralités sur le dispositif TraAM 2011-2012

Participer aux TraAM constitue une occasion de mettre en valeur la discipline et sa dynamique. Pour l’académie, cela permet souvent de créer de façon pérenne des groupes de travail et suscite de l’appétence pour des pratiques innovantes.

[…] »

Quelles relations entre la documentation et les autres disciplines ? au sein des réseaux 2nd degré ?

Avec la naissance de la DNE, j’ai pris le poste de cheffe de département des usages numériques pédagogiques. Au-delà du pilotage du réseau, les missions RH, gestion, développement ont donc pris un peu plus d’importance évidemment. Piloter, orienter les travaux, accompagner les réseaux, rendre compte et comprendre ce lien entre la nécessité d’impulser de nouvelles pratiques et les pratiques en œuvre sur le terrain par ces professeurs déjà impliqués par des pratiques numériques avancées. La question est celle de la dissémination. Veiller à la rémunération des experts, à la mise en place des réunions TraAM et des réseaux en temps et en heure, bien répartir les réunions et sur le territoire et dans le temps, préparer avec les experts leurs interventions. Les moments intenses étaient toujours ceux liés à Educatice et les différents événements auxquels la DNE participait ainsi que les réunions disciplinaires annuelles des experts qui se concentraient entre janvier et mars. Cela générait à la fois du travail administratif et de préparation des interventions donc de coordination des différents bureaux.

La première chose qui vient à l’esprit après m’être éloignée de cette période professionnelle à l’administration centrale, est que la documentation a toujours été à part mais aussi toujours en lien avec toutes les disciplines. Le réseau des IATICE qui deviendra réseau des IAN est bien vivant et très actif. C’est un des réseaux pour lesquels les IPR accordent le plus d’autonomie aux professeurs documentalistes. L’orientation stratégique choisie est celle d’impulser une pratique collaborative plus accentuée notamment parce que les productions des réseaux sont peu/pas assez connues en académie et qu’il faut en accroître leur visibilité pour que ces productions, portées par les professeurs des réseaux, permettent d’accompagner les professeurs en exercice en établissement, pour ceux qui le souhaitent. Les lettres TIC’Edu qui deviendront les lettres Édu_Num deviennent de plus en plus collaboratives avec la participation active des équipes académiques pour une partie. Elles intègrent les scénarios issus des ÉduBases.

L’organisation du travail des réseaux, leur pilotage, leur valorisation est au cœur de mes missions. La documentation comme les autres réseaux évidemment. Les équipes académiques de documentation étaient assez stables. Les experts qui pilotent le réseau durant mon passage à la DGESCO, devenue DNE ensuite, sont des professeurs en poste qui viennent travailler une journée par semaine pour la plupart à la DNE. Ils doivent à la fois être au fait des pratiques pédagogiques numériques, être curieux et regarder à la marge mais dans un respect très strict du cadre institutionnel. J’ai toujours été fière du travail du réseau des professeurs documentalistes, un réseau qui posait beaucoup de questions et qui avait une vision large et dans le souci de l’expérimentation.

L’intérêt passionnant de ce travail est d’être un nœud entre les professeurs de terrain et les pratiques innovantes avec pour objectif la dissémination des pratiques. Il faut non seulement les repérer dans le réseau mais aussi les expertiser puis les soutenir pour les partager via les productions numériques : EduBases, lettres TicEdu, TraAM mais aussi toutes les rencontres auxquelles nous sommes conviés : EcriTech de Nice, Ludovia, Éducatec-Éducatice, colloque EMI à Lyon, l’organisation de formations inscrites au PNF (plan national de formation) … avec toujours le souci de mettre en avant des professeurs, des pratiques de terrain associées à des chercheurs.

L’équipe documentation a aussi été aussi étroitement associée aux travaux sur le développement des vocabulaires dans le cadre du dossier SCOLOM FR et AFNOR piloté au sein de la DNE A.

Au-delà de la participation stricte du réseau des professeurs documentalistes, nous avons mis en place des TraAM pour l’EMI qui correspondait à une nécessité de travailler sur l’EMI devenue cruciale après les attentats de Charlie Hebdo. Ces TraAM permettaient à des équipes pluridisciplinaires de s’engager dans un travail sur l’année. Mais aussi en relation avec la mise en place du Socle commun, un travail de recensement des occurrences EMI et compétences a été mené pour construire une page (disparue ?) mettant en lien ces points du Socle et l’EMI.

Faire des pratiques numériques un support de questionnement sur le numérique en lui-même dans notre société et sur nos pratiques qu’elles soient professionnelles en tant qu’enseignant ou individuelle en tant que citoyen, nous a aussi conduit à travailler pour le portail Internet Responsable. Ces transformations du numérique dans les pratiques ont aussi été le fil conducteur pour la rénovation des trois niveaux du B2i. Le travail sur le B2i qu’il convenait de renouveler tant les usages et les technologies avaient évolué, a été couplé avec un travail à la Commission Européenne sur les compétences numériques. Une ouverture intéressante avec les visions des différents pays et le partage de notre expérience française avec le B2i[8].

 Cette période de travail sur le B2i est à mettre en relation d’un passage des TICE aux usages numériques puis à la question de la littératie numérique, de la/les culture/s numérique/s. C’est notre première lettre TIC’Édu thématique. Il y en a eu d’autres par la suite. J’en étais très fière. Pourquoi ? Parce que ce que j’ai toujours essayé de faire travailler ensemble des experts, faire que les silos disciplinaires soient poreux. Ça n’a pas toujours été facile, certains réseaux étaient plus ou moins réticents, rigides…

Le moment professionnel le plus marquant durant cette période ? J’ai la coquetterie de le garder pour moi, au chaud dans un coin de ma tête. Ces cinq années je les ai vécues intensément et avec énormément de questionnements sur l’École et le numérique. J’ai connu quatre ministres, et deux directions, en cinq ans. Mes convictions sont restées intactes.

Quitter le national pour retrouver le terrain

Un parcours lié à la documentation et au numérique que j’ai souhaité arrêter pour d’autres missions. Non pas que j’avais fait le tour de la question, mais pour deux raisons, celle de mettre en œuvre et de retrouver ainsi la possibilité de transformer in vivo l’École (orgueil ?) et aussi l’absence de perspectives d’évolution de carrière qui à l’administration centrale sont stoppées. Cheffe d’un département, administrativement j’étais professeur documentaliste, certifiée point.

Avant de prendre mon poste à la DGESCO, j’avais déjà envoyé mon dossier pour le concours de PerDir (à l’époque on envoyait son dossier en novembre puis on passait le concours) car j’avais le souhait de quitter la fonction de professeure documentaliste pour ces missions de personnel de direction. Ayant pris mon poste à la DGESCO en décembre, je n’ai évidemment pas passé les épreuves écrites, mais c’était mon projet professionnel d’alors. J’ai l’impression d’avoir repris ce projet après une très jolie parenthèse de cinq ans, riche, passionnante.

Je suis maintenant principale dans un collège REP. Au cœur de mon travail, l’humain. Oui, j’ai ici aussi le souci de servir cette mission de contribuer à construire une société de citoyens responsables en exerçant comme personnel de direction dans notre belle institution qu’est l’Éducation nationale.

La scolarité obligatoire doit garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun de connaissances, de compétences et de culture, auquel contribue l’ensemble des enseignements dispensés au cours de la scolarité. Le socle doit permettre la poursuite d’études, la construction d’un avenir personnel et professionnel et préparer à l’exercice de la citoyenneté [9]

La place de la documentation et de ce parcours dans ma vie professionnelle actuelle ?

Techniquement, la veille, l’organisation de l’information, la lecture hebdomadaire du BO, les notes de synthèse. Mais c’est aussi la capacité à parler à toutes les disciplines à en connaître les grandes lignes. C’est surtout une vision globale de l’école, une capacité à embrasser de nombreux facteurs pour répondre aux questions qui ne manquent pas de se poser au quotidien, et la vision de mon métier sur plusieurs plans : établissement, territoire de proximité, académie, national.


[1] Décembre 2010 ma dernière participation

[2] A ce titre, je suis invitée à la réunion des IATICE documentation à faire part de mes pratiques de veille pour le Café Pédagogique en 2008 https://eduscol.education.fr/cdi/anim/interlocuteurs/archives-travaux/reunions/reunion-2008/veille

[3] https://media.eduscol.education.fr/file/Pacifi/85/4/Reperes_Pacifi_157854.pdf

[4] Participation aussi à une réflexion sur une nouvelle circulaire de mission (mai 2010) dont la publication a été avortée

[5] Le nom maintenant est IAN pour interlocuteur académique pour le numérique

[6] https://eduscol.education.fr/cdi/anim/actions-mutuali/archives-traam-documentation-1989-2015/traam2011-2012

[7] ibid

[8] Digicom : https://oce.uqam.ca/wp-content/uploads/2018/03/Grille-autoevalution.png

[9] Code de l’éducation, Chapitre II : Objectifs et missions de l’enseignement scolaire. (Articles L122-1-1 à L122-7).Article L122-1-1, Modifié par LOI n°2013-595 du 8 juillet 2013 – art. 13
consulté sur https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006071191/LEGISCTA000006120383/#LEGISCTA000006120383, le 2 janvier 2021

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