Parcours d’une profdoc entre établissement, groupes académiques et expérience au ministère

Un article proposé par Sandrine Duquenne

Renard des Highlands appelle saumon fumé

Un jour, Juliette me téléphone : elle me parle de la refonte du site éduscol documentation et du fait que toutes les archives ne pourront peut-être pas être conservées dans leur totalité.

Je partage la même impression qu’elle : perdre une partie des archives pour notre profession, qui a parfois du mal à se retrouver autour d’une identité commune et à prouver sa légitimité, est plus que dommageable. Je suis d’autant plus convaincue de l’importance de garder une trace de cette histoire, que j’ai participé à la publication du site pendant quatre ans en temps qu’experte documentation à la DGESCO puis à la DNE de 2012 à 2016.

Mais on peut compter sur Juliette pour rebondir, elle me présente son idée : elle souhaite retracer une histoire de notre métier sur le site Ludodoc et cela passerait notamment par la publication de témoignages de certains professeurs-documentalistes.

À ce moment de la conversation, je trouve que c’est une très bonne idée. Elle me donne les noms auxquels elle a pensé : Marie-Noëlle Cormenier, Blandine Raoul-Réa, Brigitte Pierrat, le nom de certains IAN… ce qui est logique car ces personnes représentent toutes des figures importantes dans l’histoire de la documentation à la DGESCO, DNE et dans les académies.

Puis… elle me dit : « J’aimerais bien que toi aussi tu écrives un article. »

A ce moment précis, voici comment je réagis intérieurement :

(J’espère que vous n’avez rien contre Kaamelott, ce n’est pas la seule référence que vous trouverez pendant cette lecture, car cela représente également une partie des mercredis passés avec Juliette au 107 rue de Grenelle pendant deux ans…).

Je commence à avoir des sueurs froides et je lui réponds :

« Mais comment veux-tu que je passe après Blandine et Brigitte, qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire de plus ? Je ne suis restée au ministère que quatre ans, dont deux passés avec toi, tu pourrais tout aussi bien écrire une partie de ce que je vais dire… ».

Me voilà à ressentir le syndrome de l’imposteur et je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas parmi les personnes qui vont participer à ce projet, coucou Audrey !

Mais, Juliette me rassure, me dit que ce qui l’intéresse c’est également mon parcours personnel ainsi que mes liens avec la documentation et le numérique. Finalement, je ne vois pas vraiment comment lui dire non. Donc nous y voilà !

Moi et la documentation…

Après des études de lettres modernes dans l’académie de Rouen, j’intègre la formation pour passer le Capes de documentation à l’IUFM (devenu par la suite ESPE, puis INSPE, ce qui vous fait rapidement basculer dans le camp des « anciens » en salle des professeurs en à peine quinze années d’exercice).

Ce choix se fait facilement et rapidement, cela fait plusieurs années que j’espère pouvoir exercer ce métier. J’ai toujours voulu travailler dans le milieu du livre, mais je souhaitais également travailler auprès des jeunes. J’adorais passer du temps au CDI pendant mes années collège et lycée et le métier de professeur-documentaliste permettant à la fois de gérer un centre de documentation et d’enseigner à des élèves, représentait pour moi la combinaison parfaite.

A l’époque pour intégrer la formation PLC1 à l’IUFM de Rouen, il faut passer un oral et un écrit. Je suis retenue et formée par Françoise Chapron entre autres…

J’obtiens le Capes la première année, et après mon année de stage, je suis titularisée, puis affectée dans l’académie de Versailles.

Je suis nommée dans mon premier établissement : un très gros lycée général et technologique, dans lequel je n’aurai pas le temps de m’ennuyer : un déménagement dans un CDI tout neuf est prévu pour le début de ma deuxième année, il y a un très gros travail de gestion du fonds à effectuer, et il faut aussi réussir à développer une habitude de travail avec les professeurs de disciplines, mais c’est finalement le lot de nombreux enseignants documentalistes.

Le numérique prend rapidement une place importante dans le quotidien, mais cela est normal avec l’évolution du métier de professeur-documentaliste. C’est d’ailleurs un des aspects du métiers qui me passionne également.

Rapidement, j’intègre plusieurs groupes de travail dans l’académie au fil des années : je commence d’abord par du tutorat de personnes en délégation fonctionnelle, puis je deviens animatrice de bassin, j’intègre le GEP (groupement d’expérimentation pédagogique) documentation, enfin, je deviens formatrice et tutrice.

Je fais partie du groupe de formateurs de l’académie de Versailles depuis une dizaine d’années, je participe donc à la formation continue des collègues et également à la poursuite de la formation initiale en intervenant dans la formation des T1, T2, T3.

Mes stages, souvent menés en co-animation Anne-Lise Dupont, professeure-documentaliste, ont porté sur les sujets suivants : ENT,  outils de publication du professeur-documentaliste, concevoir sa communication et publication numérique, CDI innovant, politique documentaire. Les usages du numérique prennent donc une place importante dans les formations. 

Ces moments de formation et de mutualisation entre professeurs-documentalistes, au sein de l’académie me sont précieux, cela permet notamment de se lancer dans des travaux réflexifs et d’envergure parfois difficiles à mener dans nos établissements.

Pendant l’année 2011-2012, je participe aux TraAM documentation, l’académie de Versailles faisant partie des académies retenues cette année-là. Le thème était : « Permettre aux élèves de construire leur démarche de veille numérique ». Cette expérience s’est révélée enrichissante et m’a permis d’échanger avec des collègues d’autres académies.

De la DGESCO à la DNE

Vers la fin de cette année scolaire, je reçois un mail de Blandine Raoul-Réa, me demandant si je suis intéressée par un poste d’experte documentation au MEN. Je suis intriguée par cette proposition et en même temps un peu effrayée. Est-ce que je serai capable de réaliser ces missions ? Certes, j’ai déjà exercé des missions d’animation de réseau, mais la marche me semble haute à franchir.

Le premier entretien avec Blandine m’éclaire un peu plus sur les missions de ce poste, ce qui me rassure. Je suis retenue pour le poste, et me voici à exercer pour l’année suivante un temps complet dans un nouvel établissement, et la mission d’experte documentation un jour par semaine au ministère.

J’exerce la première année cette mission en binôme avec Brigitte Pierrat (mais malheureusement, mon jour de travail n’est pas le même que le sien) et je travaille dans le bureau de Blandine, qui est cheffe de département.

Toutes deux m’ont permis de prendre mes marques rapidement de m’intégrer dans ce groupe d’experts, même s’il faut avouer qu’il n’est pas aisé d’assimiler une grande quantité de nouveautés (organigramme, acronymes spécifiques…). Je me souviens notamment de mon ressenti devant la complexité de l’organigramme des différents bureaux de la DGESCO et de leur lien entre eux.

Comme pour beaucoup de gens extérieurs aux différents bureaux du ministère, il faut un peu de temps pour s’approprier tout cela et arrêter d’avoir cette image en tête.

Je vous rassure, cela passe assez vite.

Je ne reviendrai pas sur les principales missions que doit effectuer un expert disciplinaire, déjà évoquées dans l’article de Blandine Raoul-Réa.

Les temps forts de l’année sont : la réunion du séminaire des IATICE, par la suite devenus IAN, qui permet enfin de rencontrer les enseignants des différentes académies et de pouvoir partager et présenter le travail effectué pendant l’année. Les réunions TraAM en distanciel ou présentiel représentent une partie importante du travail.
N’oublions pas les présentations des travaux menés dans les académies et les publications sur les espaces disciplinaires, sur eduscol (portail disciplinaire, édubases), sur les salons comme edutec-educatice, et lors d’événements comme Ludovia.

Je co-anime ma deuxième année avec Elodie Moreau, le sujet des TraAM reste le même que l’année précédente : « Favoriser l’accès, mettre en valeur, diffuser les ressources numériques ». Il avait été décidé que ce TraAM se déroulerait sur deux ans étant donné l’ampleur de la tâche. Les productions ont été nombreuses et variées :

https://eduscol.education.fr/cdi/anim/actions-mutuali/archives-traam-documentation-1989-2015/traam2012-14

Puis, pendant deux ans, c’est avec Juliette que je travaille les mercredis au ministère, qui signeront souvent une ambiance joyeuse, à base de citations de séries ou de films pour lesquels nous partageons des références communes (Le crime est notre affaire, Imogène McCarthery, Kaamelott…). Il n’est pas rare d’entendre dans notre bureau les phrases suivantes :

« Renard des Highlands appelle saumon fumé ! »
« Bien joué maman ! »,
« C’est pas faux ! »

Et quelque fois, nous entendre fredonner quelques paroles d’une chanson…

kaamelott GIF

Ce qui certes peut paraître déconcertant pour nos collègues qui passaient nous voir, mais qui contribue nettement à une bonne ambiance de travail.

Notre bureau étant excentré des autres, nous ne dérangions pas grand monde.

Les idées fusent, certaines ne sont pas réalisables, mais d’autres aboutissent : nous utilisons des infographies pour les comptes-rendus des synthèses nationales et TraAM pour faciliter la valorisation du travail, nous laissons la parole aux IAN dans les lettres Edu’Num…

Si je devais trouver une image pour résumer notre travail le mercredi, je choisirais sans hésiter celle-ci.

En 2015, l’équipe des experts disciplinaires se rend à Ludovia à Ax-les-Thermes pour la première année, et nous devions avec Juliette présenter les travaux des TraAM documentation : « Monter un projet collaboratif pour échanger sur la formation des élèves (2014-2015) »

Brigitte Pierrat, quant à elle, présentait le bilan des TraAM EMI. C’est l’occasion de présenter dans un cadre moins formel les travaux de l’année.

Le travail d’experte est parfois stressant car nous n’avons pas de décharge, nous ne travaillons qu’une journée par semaine au ministère. Il y a beaucoup de tâches à effectuer, avec des échéances parfois très serrées. Certains dossiers prennent plus de temps selon leur complexité, par exemple, on parlait déjà de l’Édubase générique à mon arrivée à la DGESCO.

Mais c’est surtout une mission motivante et enrichissante, qui permet de tisser des liens professionnels, de développer et d’animer un réseau national, de prendre connaissance de tout le travail qui est fait dans les académies et de le valoriser au niveau national.

Cette expérience d’experte documentation aura joué un rôle important dans la construction de mon parcours professionnel et aura permis d’améliorer de nombreuses compétences. J’en ai également gardé l’importance de la communication et de la valorisation du travail effectué.

Mon quotidien de profdoc aujourd’hui

Je suis actuellement dans un lycée polyvalent, dans lequel je continue d’exercer ma mission à plein temps : j’ai longuement travaillé sur la réorganisation des espaces de ce CDI dont la forme est assez atypique. J’ai eu également à cœur de réfléchir sur les différents usages possibles au CDI en essayant de dédier certains espaces à de nouveaux usages (espace jeux, espace imprimantes 3D).

Je me concentre cette année sur les missions exercées au sein du lycée, je partage la mission de référent numérique avec un autre collègue du lycée et j’ai participé à la refonte du site internet, l’organisation des portes ouvertes à distance… La documentation et le numérique continuent donc à être les deux piliers dans mon quotidien professionnel et j’espère continuer longtemps à pouvoir suivre l’évolution de ce beau métier.

2 réflexions sur “Parcours d’une profdoc entre établissement, groupes académiques et expérience au ministère

  1. Emilie Afriat dit :

    Un petit coucou d’une ancienne collègue de bassin, du temps où tu étais animatrice 😉
    Félicitations pour ton parcours et bonne continuation !

    J’aime

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